"J'étais éternellement la bonne copine"

Laurence Estiot, 52 ans, travaille, conduit, a son propre appartement. Un quotidien autonome. Pourtant, il est une chose à laquelle elle a dû renoncer : une vie de famille avec conjoint et enfants. Victime des stéréotypes sur les femmes en situation de handicap, condamnée à être la fille sympa avec qui on est juste ami.

« Je me sens femme. Mais visiblement, mes atouts en termes de séduction ne sautent pas aux yeux des hommes. Au collège déjà, je tombais amoureuse. Mais jusqu’à récemment, ces sentiments n’ont jamais été partagés. Je me suis même déclarée à un homme – alors que je suis d’une génération où il était plus habituel de se laisser séduire – qui s’est finalement marié avec une autre. Il s’est dit flatté mais a opposé le fait d’être déjà engagé…

Intelligente mais pas regardée comme une femme

Laurence Estiot témoignage femme handicap
Laurence Estiot témoignage femme handicap
Au lycée puis à la fac, j’étais éternellement la bonne copine. On me trouvait intelligente. Mais vraisemblablement pas attirante… Une fille bizarre, d’une certaine façon ! Je me demande encore si on me regardait comme une femme. Je persiste à penser qu’il faut se conformer à un modèle pour séduire. Mais les talons hauts et la jupe fendue, ce n’est pas pour moi. Les talons, de toute façon, je ne peux pas marcher avec.

Je ne me trouve pas moche pour autant, mais je crois qu’il est plus facile pour un homme handicapé de trouver une compagne valide que l’inverse. Il y a des exemples comme Marcel Nuss, essayiste lourdement handicapé ou Philippe Croizon, aventurier quadri-amputé.

J’ai songé à l’assistance sexuelle et j’ai fait une recherche sur un site d’escort boy. Mais je ne suis pas allée loin. Le coût, se rencontrer dans un hôtel, ce n’était pas pour moi. Que d’autres franchissent le pas, pourquoi pas ? Je ne juge personne.

De blessure en blessure

J’ai rencontré un homme par le biais d’un réseau social spécialisé. Il était en fauteuil et vivait dans le Sud-Ouest. Les relations à distance, ça n’est pas simple. Comme je suis plus mobile, c’était souvent moi qui allait le rejoindre. Surtout, j’envisageais ma vie avec un mari et trois enfants.

Ça ne se fera pas et ça reste une blessure. Tout comme c’est une blessure de ne pas trouver la bonne personne, de constater que le handicap fait barrière. J’aimerais – même si ça me ferait mal – qu’un homme ait l’honnêteté de dire qu’une femme avec un handicap, il ne peut pas. »