Covid-19 et pauvreté : vives inquiétudes des associations

03.04.2020

Dans une lettre ouverte envoyée le 3 avril, des associations de lutte contre la pauvreté et le Collectif ALERTE dont nous sommes membres interpellent le Premier ministre quant aux conséquences, immédiates et à venir, de cette crise pour les personnes en situation de précarité, mais également pour les associations qui les accompagnent.

Si le Collectif reconnaît que des dispositions ont été prises par le gouvernement des dispositions en direction des plus précaires, des inquiétudes perdurent et certains publics restent oubliés des pouvoirs publics alors qu’ils sont frappés de plein fouet par les conséquences de la crise.

Prendre en compte les publics oubliés

Aussi le Collectif ALERTE demande la mise en place de dispositifs en direction des personnes à la rue, vivant en squats ou bidonvilles.

Afin de lutter efficacement contre l’épidémie et ses effets néfastes sur les plus précaires, le Collectif ALERTE insiste sur la nécessité de préserver les droits de l’ensemble des personnes présentes sur le territoire, quelle que soit leur situation administrative.

Les associations du Collectif ALERTE ont constaté que ces personnes vulnérables, et l’ensemble des personnes à la rue, avaient parfois fait l’objet de verbalisations pour non-respect du confinement par la police nationale ou municipale : le Collectif demande fermement à ce qu’aucune personne contrainte de vivre à la rue ne soit, en plus, victime d’une amende ou d’une éviction de l’espace public.

Enfin cette crise sanitaire et les mesures de confinement qui en découlent ont de lourdes conséquences sur le pouvoir de vivre des plus précaires.

Afin de leur permettre de subvenir à leurs besoins essentiels, le Collectif ALERTE souhaite l’instauration d’une prime exceptionnelle, en faveur des allocataires des minima sociaux et des familles bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire, d’un montant de 250 euros par mois par personne, renouvelable mensuellement durant la période de fermeture des écoles et des cantines. Les associations de solidarité demandent également qu’un fonds d’urgence d’aide au paiement des quittances soit mis en place. Par ailleurs, il est essentiel de garantir un accès aux aides sociales pour toutes les personnes qui en font la demande.

Anticiper l’après crise sanitaire

Face à l’urgence sanitaire, il faut agir immédiatement et c’est le sens des dispositions qui ont été prises, comme de celles que le Collectif demande. Mais il faut également anticiper la suite pour éviter que cette crise sanitaire ne se transforme en crise sociale durable.

C’est pourquoi, le Collectif ALERTE demande, dès la sortie de la crise, la mise en œuvre d’un plan de relance sociale ambitieux pour améliorer le pouvoir de vivre des plus modestes, avec notamment une revalorisation des minima sociaux et des aides au logement.

La relance se doit d’être à la fois sociale et écologique, en investissant dans la rénovation des passoires thermiques, l’accès de tous à une alimentation saine et durable, ou encore à des modes de transport non polluants.

Il sera également primordial de soutenir fortement les services publics relevant du système de santé, ainsi que l’ensemble des associations positionnées en première ligne dans la gestion de cette crise et qui fonctionnent aujourd’hui avec des moyens réduits et des bénévoles de moins en moins nombreux.

Permettre l’accès de tous aux droits de tous

Plus largement, il faut capitaliser sur les enseignements de cette crise pour corriger les failles de notre système de solidarité auprès des plus précaires qu’elle a révélées et concevoir ensemble une société réellement solidaire, avec des politiques publiques ambitieuses qui permettent l’accès de tous aux droits de tous :

  • Une école qui permette la réussite de tous les enfants, en résorbant les inégalités aggravées pendant le confinement ;
  • Une politique du logement qui garantisse vraiment un logement digne et bien isolé à chacun, avec un programme ambitieux de construction de logements sociaux ;
  • Un accès aux soins inconditionnel et des dispositions permettant en pratique cet accès aux soins pour tous ;
  • Des moyens d’existence convenables garantis pour tous, sans contrepartie, qui permettent aussi une alimentation saine et durable, un accès aux droits culturels et aux vacances ;
  • L’extension du droit à ces moyens convenables d’existence aux jeunes de 18 à 25 ans ;
  • Une redéfinition des règles de l’assurance chômage dont la réforme récente risque de faire basculer dans la précarité de très nombreuses personnes ;
  • L’admission au séjour et au travail d’un nombre important de familles et de personnes étrangères actuellement sans papiers mais ayant commencé leur intégration, et le rétablissement sans délai du droit au travail pour les demandeurs d’asile.

Paradoxalement, la crise sanitaire a montré, à la fois, l’importance cardinale de notre modèle de protection sociale et ses failles. Il convient de s’appuyer sur cette expérience douloureuse pour repenser ce modèle, au profit des personnes les plus pauvres d’entre nous.

Les associations sont prêtes à travailler avec le gouvernement pour construire des réponses adaptées qui placent les personnes les plus vulnérables au cœur du plan de relance sociale et écologique.

 

Je télécharge la lettre ouverte

 

Je consulte la page APF France handicap dédiée au coronavirus

Actus
Santé et bien-être
Politique générale