"On est toutes différentes"

Aurore Tourenne, 25 ans, est atteinte d’une déficience physique. 

"Aujourd’hui, j’entame le long et lent chemin de la reconstruction. Reprendre confiance en moi est passé, paradoxalement, par une opération entrainant la marche avec des béquilles. Cet outil a rendu plus visible mon handicap mais m’a aidée à ne plus faire attention aux gens et à leurs regards.

Je suis née avec une maladie des brides amniotiques, une maladie rare affectant le fœtus pendant la grossesse et entrainant des malformations des membres ou encore des amputations. Dans mon cas, mes deux pieds ont été atteints : le gauche a été malformé et affecté sur son aspect externe (œdème, aspect marbré et cicatrice importante) et à droite, j’ai eu une amputation d’une phalange.

Malheureusement pour moi, la société a décidé que la perfection devait régner dans les canons de beauté définis : minceur, aucun défaut… Sans réellement prendre en compte les particularités réelles des femmes. On est toutes différentes, on ne ressemble pas aux poupées Barbie. On peut dire que cela a profondément influencé ma vie.

En effet, la différence est souvent source d’intolérance dans beaucoup de groupes, notamment dès l’enfance, avec des brimades, moqueries et des humiliations. Comme par exemple au collège, des personnes que je pensais être mes amis ont osé me dire avec des rires insistants : « Mais c’est monstrueux ! » tout ça parce que j’avais daigné me mettre en pantacourt sous la chaleur de la fin de l’année scolaire.

On pourrait également penser que les professeurs pouvaient être un réel soutien. Cependant, les profs de sport prolongeaient cet esprit néfaste en estimant que si je ne pouvais pas courir, c’était de la mauvaise foi. Je me souviens notamment du cross pour l’association ELA, ma prof m’a dit « Non mais il ne faut pas marcher ! Bouge-toi ! ». Or l’état de mon pied faisait que je ne pouvais me permettre aucun gros effort dessus, certificats médicaux à l’appui.

Ça aurait pu s’arrêter là si une partie de ma famille n’avait pas trouvé intelligent de me dire « de porter des pantalons même en été » ou d’ « envisager la chirurgie esthétique ». Des exemples parmi tant d’autres qui ont considérablement affecté ma confiance en moi ainsi que toute ma vie sentimentale et amicale, entraîné un profond mal-être et un besoin de me cacher avec des vêtements larges, ternes… Bref, je ne voulais surtout pas attirer l’attention sur moi. Le jugement des autres m’affectait donc profondément : je n’étais pas belle, je n’étais qu’une pauvre incapable.

J’ai fini par amorcer une acceptation de moi et de ma féminité : je ne me cache plus l’été et, comme n’importe quelle fille, je me mets en robe et en sandales.

Enfin, j’ai même choisi un métier où l’apparence compte : la communication, et à aucun moment, je n’ai été mise à l’écart pendant un stage. Néanmoins, mes béquilles et mes difficultés de déplacement font que je n’ai pas réussi à trouver un travail après mon diplôme."