Mathilde témoigne

Déjà être jeune, en situation de handicap, est compliqué pour avoir une "vie ordinaire" et maintenant vient se rajouter un facteur en plus, le Covid ? Est-ce qu'après cette crise on tirera des leçons et que de réels changements arriveront ?

Mathilde Le Coz, 31 ans, est élue à la Commission politique de la jeunesse d'APF France handicap. Atteinte d’une infirmité motrice cérébrale (troubles du langage, de la motricité fine, fatigabilité, depuis peu problème de déglutition avec étouffement), elle témoigne sur les obstacles que rencontrent les personnes en situation de handicap dans l'emploi :

"En primaire, j’étais en Clis puis je suis allée dans un collège, dans une classe normale. J’ai poursuivi par un BEP, un BAC PRO et un BTS de comptabilité. En général, ma scolarité s’est bien passée, avec des aménagements : une AVS, un tiers temps pour mes devoirs surveillés, un ordinateur. De temps en temps, mes professeurs me donnaient les polycopiés des cours, j’aimais aussi prendre des notes en plus sur mon ordinateur mais certains professeurs y étaient réticents à l’ordinateur. Le plus compliqué pour moi était de retenir les leçons pour le lendemain : en fait, c’était quasi impossible car j’ai une mémoire à long terme.

Mes années les plus difficiles ont été les dernières. Mes deux profs principales ne comprenaient pas que quelqu’un d’invalide fasse des études supérieures. 

J’ai commencé un travail à 80 % en décembre 2019. Il y a eu le Covid en mars et j’ai été en télétravail d’avril à mai. En juin j’ai commencé à revenir un peu sur mon lieu de travail. Je n’ai pas du tout aimé le télétravail. Comme je débutais dans le métier, ce n’était pas du tout évident pour demander conseils à mes collègues. De plus, en télétravail, on n’a pas tous les dossiers sous la main, on n’a pas le même matériel… Mais surtout on ne peut pas échanger avec les collègues que ce soit sur le travail ou pas.

En ce moment c'est difficile. Je ne sais pas comment expliquer : je me sens à bout de force. J’ai fait au mieux pour effectuer mon travail dans les meilleurs délais. J’ai mis en application les conseils qu’on m’a donnés. Je me suis fait un tableau récapitulatif des choses à ne pas oublier, des modes opératoires. Il y a tellement de choses à apprendre, tout en gérant la fatigue. C’est compliqué. Je me rends compte que quand j'ai trop d'infos et de tâches à faire, je m'y perds. Du coup mon travail s'en ressent. J'ai eu une visite médicale où j'ai craqué tellement je suis sous pression niveau travail et personnel. Un mi-temps m'a été prescrit par le médecin du travail. On verra ensuite. 

Mais au moins cette expérience m’a permis de savoir si je pouvais faire un 80 %. Et je ne le peux pas. Comment je vois la suite ? Cette expérience m’a un peu dégouté du monde ‘valide’ du travail. En ce moment, je me fais la réflexion qu’en travaillant je gagne 200 € de plus que si je touchais l’AAH. À quoi cela sert de se sentir en difficulté sur un poste alors que pour un peu moins, je peux trouver une voie dans laquelle je pourrais m’épanouir. J’ai déjà des idées ; me rendre plus disponible pour APF France handicap, trouver une autre voie, dans l’artistique, le culturel…

À l’heure actuelle, l’emploi pour les jeunes en situation d’handicap me pose question. Déjà être jeune, en situation de handicap, est compliqué pour avoir une ‘vie ordinaire’ et maintenant vient se rajouter un facteur en plus, le Covid. Est-ce qu’après cette crise on tirera des leçons et que de réels changements arriveront ?"