"Comme si nous faisions du chiqué"

Eric a 31 ans et est atteint d'une sclérose en plaques depuis 5 ans. Sa maladie entraine, notamment, une fatiguabilité importante et handicapante au quotidien. Mais parce que son handicap est invisible, il est souvent minimisé ou incompris.

"Je peux courir, je suis jeune, j'ai l'air en forme."

Je suis sur mes deux jambes. Je peux courir, je suis jeune, j’ai l’air en forme. Pourtant, j’ai une sclérose en plaques depuis cinq ans, avec une fatigabilité importante. Mon employeur l’a appris peu de temps après le diagnostic puis a tout fait pour me faire craquer, jusqu’à me licencier pour inaptitude à mon poste de chauffeur de bus. Je le conteste actuellement devant la justice puisque je suis capable de travailler avec des aménagements de poste. Le fait que mon handicap ne se voit pas a certainement joué. Si j’avais été en fauteuil roulant, je suis sûr qu’ils auraient eu plus d’empathie et auraient été obligés de me reclasser. Là, ils ont eu peur que j’abuse et que je sois un poids.

"Je ne suis ni légitime dans le monde des handicapés, ni dans celui des valides."

De manière générale, je ressens beaucoup moins d’indulgence vis-à-vis des personnes ayant un handicap invisible, comme si nous faisions du chiqué. Les autres sont attentifs au début puis comme cela ne se voit pas, ils oublient. Je comprends qu’ils ne comprennent pas, si bien que je n’utilise pas ma priorité aux caisses ou mon droit aux places de stationnement réservé de peur d’être jugé. C’est assez frustrant. Je ne suis ni légitime dans le monde des handicapés, ni dans celui des valides. Je témoigne et m’engage pour faire tomber ces stéréotypes.