Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées 2025 : la discrimination à l'embauche, une réalité enfin objectivée

Depuis plusieurs années, notre association est engagée dans la lutte contre les discriminations liées au handicap dans la sphère professionnelle. 

En septembre 2025, le taux de chômage des personnes en situation de handicap atteint 12 %, soit près du double de celui de la population générale (6,5 %). Plus grave encore, 54 % de ces demandeurs d'emploi sont au chômage longue durée (contre 43 % pour la population générale). Ces chiffres démontrent une exclusion structurelle du marché du travail pour les personnes en situation de handicap. 

A l'occasion de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH) 2025, APF France handicap et l’Université Lyon 1 Claude Bernard publient une étude inédite en France : un testing CV objectivant les processus discriminatoires dans la phase de recrutement.

Le testing : un outil pour révéler l’invisible 

Pour comprendre ce qui se joue avant l'entretien, nous avons répondu à 1 974 offres d'emploi réelles pour deux postes administratifs : secrétaire réceptionniste (un poste visible, en contact avec le public) et assistante comptable (un poste moins exposé).

Quatre profils de candidates fictives, aux CV identiques, ont été utilisés :

  • Aucun handicap (profil de référence)
  • Handicap auditif (mention d'un appareil)
  • Handicap moteur (mention d'un fauteuil)
  • Cumul des deux handicaps 

Des écarts significatifs dès la candidature

4 profils de candidatures : sans handicap / handicap auditif / handicap moteur / cumul handicap moteur + auditif

Le constat est brutal : à compétences égales, une candidate mentionnant un handicap reçoit moins de réponses positives qu’une candidate sans handicap. Les handicaps visibles sont particulièrement pénalisés : le handicap moteur, et plus encore le cumul moteur et auditif, font chuter les chances d’être recontacté.

Ainsi, une candidature mentionnant un handicap voit son taux de réponses positives chuter de 27,6 % (pour le profil de référence) à 22 %. Cela représente 5,6 points de chances en moins d'obtenir ne serait-ce qu'un entretien. 

L'étude révèle une hiérarchie claire dans la discrimination :

 

 

 

  • Handicap auditif : l'écart est quasi inexistant. Ce handicap ne semble pas être un facteur de discrimination à ce stade.
  • Handicap moteur : l'écart est significatif, faisant chuter les chances de 6,4 points.
  • Cumul des handicaps (moteur + auditif) : c'est le facteur le plus pénalisant, avec une chute de 9,9 points des réponses positives

Ces résultats confirment que plus le handicap est visible, plus la discrimination est forte, notamment dans les emplois dits d’accueil et de représentation.

Ce n'est pas parce que je suis handicapé que je ne peux pas occuper un poste d'accueil. C'est parce que le responsable ne voulait pas, pour leur image de marque, d'une personne en situation de handicap au poste d'accueil.

Théo, victime de discrimination à l'embauche

Je découvre le témoignage vidéo de Théo

 

Les outils numériques et RH ne suffisent pas à corriger les biais

Outils testés lors de cette étude : la mention RQTH sur un CV, la lettre de recommandation, le CV vidéo, l'accessibilité des entreprises

Les dispositifs censés booster une candidature ne changent pas la donne.
Le CV vidéo, visionné dans seulement un quart des cas, se révèle même contre-productif lorsqu’il rend le handicap visible : les chances d’obtenir une réponse positive chutent alors jusqu’à 50 points.
La lettre de recommandation n’a, elle, aucun effet notable pour les profils en situation de handicap moteur, mais améliore légèrement la perception des candidatures mentionnant un handicap auditif ou un cumul de handicaps.
Quant à la mention RQTH, elle reste sans véritable impact, sans doute parce qu’elle passe souvent inaperçue auprès du recruteur dans les CV comme dans les lettres de motivation.

 

L’accessibilité des entreprises, un levier concret d’inclusion

Le testing met en évidence un point encourageant : les entreprises accessibles recrutent davantage de personnes en situation de handicap. Lorsqu’une rampe, un parking, des transports ou une entrée sans obstacle sont présents, les candidatures mentionnant un handicap reçoivent plus de réponses positives.

Notre testing inédit met des chiffres sur une réalité que nous dénonçons depuis longtemps : les discriminations à l’embauche sont structurelles, systémiques et les préjugés et les représentations négatives du handicap dans la sphère professionnelle restent malheureusement profondément ancrées. Il est temps de sortir de cette vision biaisée et stéréotypée des compétences des personnes en situation de handicap et d’agir, politiquement et juridiquement.
Nous disposons d’un arsenal législatif, mais il reste trop souvent théorique. Nous demandons des mesures contraignantes et des contrôles effectifs pour que le droit à l’égalité devienne une réalité dans l’emploi.

Pascale Ribes
Présidente d'APF France handicap

Notre association appelle à un sursaut collectif et législatif

Face à ces constats alarmants, nous formulons plusieurs préconisations concrètes pour mettre fin aux discriminations persistantes sur le marché du travail.

  • Former systématiquement les recruteurs, managers et représentants du personnel à la non-discrimination et à une meilleure compréhension du handicap, afin de déconstruire les préjugés sur le handicap encore très ancrés.
  • Créer un Observatoire national des discriminations, chargé de mesurer, publier et suivre les pratiques des entreprises, pour que la transparence devienne un moteur de changement.
  • Mettre en place l’accessibilité universelle, à la fois des locaux, des outils de travail et des procédures de recrutement. 

APF France handicap porte une proposition de loi, qui s’articule autour de quatre articles dont le contenu est largement inspiré par des propositions issues du Défenseur des droits.

Retrouvez notre proposition de loi plus en détail dans le dossier : Emploi & Handicap : la discrimination à l'embauche, une réalité enfin objectivée.

  • ARTICLE 1

    Redéfinition de la discrimination liée au handicap

  • ARTICLE 2

    Introduction d’un contrôle de l’effectivité de la formation obligatoire à la non-discrimination

  • ARTICLE 3

    Introduction d’un mécanisme d’amende civile au sein des sanctions en cas de manquement de l’employeur

  • ARTICLE 4

    Extension de l’obligation d’aménagement raisonnable aux aidants

Je télécharge

Regardez le webinaire : "Handicap et discrimination à l’embauche : les résultats d'un testing inédit"

Zoom sur des initiatives locales pour lutter contre les préjugés et les discriminations

« Les étoiles montantes » : un programme d’accompagnement pour les jeunes en situation de handicap en Gironde

Initié par la délégation APF France handicap en Gironde, ce programme d'accompagnement individuel et collectif de jeunes âgés de 16 à 25 ans, a pour objectif de faciliter leur insertion socio-professionnelle. Construit spécifiquement pour les jeunes en situation de handicap, qui rencontrent des difficultés massives d’accès au monde du travail, le programme propose des ateliers qui permettent aux jeunes de développer leur pouvoir d’agir, renforcer leur confiance dans leurs potentiels, travailler sur leur pitch et acquérir des outils pour faciliter leurs recherches d’emploi.

Un projet d’accompagnement des jeunes en situation de handicap par l’accès aux droits dans le Puy de Dôme

Initié par la délégation APF France handicap du Puy de Dôme, ce projet vise à faciliter les démarches d’accès aux droits (logement, mobilité, soins, formation …) des jeunes en situation de handicap âgés de 16 à 30 ans afin qu’ils puissent pleinement se projeter dans leur projet de vie et en particulier, dans leur future vie professionnelle. Ce projet vise plus spécifiquement les jeunes en situation d’exclusion et en rupture d’accompagnement afin de rétablir l’effectivité de leurs droits

PRAIP : la Plateforme Régionale d’Accompagnement à l’Inclusion Professionnelle de jeunes en situation de handicap dans les Hauts-de-France

La PRAIP propose un accompagnement renforcé de jeunes de 16 à 29 ans quel que soit leur handicap, en collaboration avec les partenaires institutionnels emploi : Cap emploi, Agefiph, France travail, Mission locale etc.
L’accompagnement, proposé à des jeunes en situation de handicap pendant 6 mois et renouvelable 1 fois, vise à lever les freins à l’emploi, affiner ou définir un projet professionnel et s’inscrire dans une démarche volontaire vers l’emploi. Un contrat d’engagement est signé avec le jeune avec un projet d’accompagnement coconstruit avec lui pour améliorer son autonomie, dynamiser certaines compétences et lui redonner confiance.

Ne passez pas à côté de l'essentiel !

Recevez chaque mois l'essentiel de nos actions dans votre boîte mail. Et pour suivre nos combats au quotidien, rejoignez-nous sur les réseaux ci-dessous :