Le témoignage de Golnaz Montagné, aidante et pair-formatrice

05.10.2021

Golnaz Montagné, marseillaise de 66 ans, adhérente d’APF France handicap des Bouches-du-Rhône, est l’aidante de son mari atteint de poliomyélite. Un rôle dont elle a progressivement pris conscience et dont elle a renforcé l’expertise grâce au dispositif de formation RePairs Aidants. Interview.

Photo portrait de Golnaz MontagnéAuprès de quel proche assurez-vous votre rôle d’aidante ?

Je suis l’aidante familiale de mon mari âgé de 65 ans et atteint de poliomyélite depuis son enfance. Je l’ai rencontré durant notre formation respective d’ingénieur. J’admirais sa vaillance à gravir quatre étages avec tous les étudiants, sa liberté, sa créativité et sa sociabilité. Il n’avait peur de rien alors que moi, j’avais peur de tout… En octobre 2016, lorsqu’il a pris sa retraite, sa santé s'est dégradée : lui l’ingénieur en aéronautique, le cadre dirigeant actif et souvent en voyage d'affaire, est devenu de plus en plus dépendant.

Pendant trois ans, je me suis débattue seule à ses côtés. Je le conduisais de centre de rééducation en centre de rééducation, j'assurais toutes les démarches administratives, le ménage, les soins quotidiens, la toilette...

Je ne réalisais pas que je dépérissais. En septembre 2019, à bout de force, j’ai découvert l’association marseillaise pour les aidants “A3”. Je suis entrée dans leur groupe de parole dans un état quasi d'inconscience et l’envie de mourir. Être écoutée et entendre des récits semblables m’ont beaucoup apaisée.

Quelles ont été vos motivations pour vous impliquer dans la démarche RePairs Aidants d’APF France handicap ?

En mai 2021, à la réception d’un mail sur la formation RePairs Aidants, j’ai réalisé que je commençais à accepter mon rôle d'aidante et que j'avais envie de formaliser mon expérience et d’acquérir des repères théoriques.

Dans le dispositif RePairs Aidants, j'ai d’abord découvert des acteurs qui se démenaient pour nous, les aidants, alors que nous entrions dans une pandémie qui nous isolait encore davantage. Les thèmes proposés dans le dispositif m’ont également intéressée : les répercussions familiales, le maintien en bonne santé…

Le déclencheur principal a été ma prise de conscience d'être une "aidante". Auparavant, je n'avais pas besoin de titre. Il était normal de tout assurer ! Le jour où j'ai compris que je n'avais pas le rôle classique d’une épouse et que j'étais aussi une "aidante", j'ai délégué des tâches sans culpabilité et je me suis rendue disponible pour redevenir une conjointe. Et quand j'ai levé les yeux des casseroles, j'ai enfin rencontré les yeux de mon compagnon !

Lui aussi a progressivement accepté le mot "aidante". Il se réjouit aujourd'hui de me voir détendue au sortir d'un groupe où je "pose mes bagages". Il a compris que j'avais besoin, moi aussi, d'être aidée. Son excès de pudeur s'est apaisé et il a accepté l'aide des infirmières ou des aides à domicile. Il faut un village pour accompagner quelqu'un qui perd son autonomie…

Vous avez achevé votre premier cycle de formation RePairs Aidants. Comment s’est-il déroulé ?

De mai à juillet 2021, j’ai participé à huit sessions encadrées par deux animateurs, un formateur professionnel et un aidant familial formé à la co-animation. J’ai particulièrement apprécié la session "Se maintenir en bonne santé". Grâce à la liberté de parole et l'empathie du groupe, je me suis "lâchée" et me suis sentie me libérer sur beaucoup de points.

Et votre futur rôle de pair-formatrice, comment l'envisagez-vous ?

Au début, à l'idée d'occuper cette place, je ne me sentais pas légitime. Je ne connaissais pas bien la législation du handicap et je pensais devoir incarner le modèle de l'aidante, parfaite, super-souriante, alors que moi, je suis un mélange de mélancolie et de joie.

Puis, j'ai envisagé mon rôle comme celui d'une personne-repère pour les participants particulièrement en retrait, perdus ou angoissés. Même silencieuse, je me suis dit que je pouvais aider. J’avais suffisamment reçu pour pouvoir donner.

Les 20, 21 et 22 octobre, je commence une formation de trois jours avec les formateurs professionnels pour apprendre à collaborer en duo lors des sessions. Puis s’enchaîneront d’autres sessions en visio-conférence ou en présentiel.

Comment voyez-vous votre rôle d'aidante aujourd'hui ?

Aujourd'hui, je réalise la noblesse du rôle d'aidante ! Ce n'est pas par hasard que nous acceptons ce rôle. Ce n'est pas que du sacrifice, c'est du donnant-donnant. En tous cas, pour ma part, j'y ai trouvé du bénéfice.

Depuis 2016, j’ai retrouvé beaucoup d'énergie et d'élan. Je prends du temps pour moi et j’ai rejoint un groupe d’écriture pour rédiger l’histoire de ma mère. Je ne pense pas écrire sur mon rôle d’aidante. Mais on ne sait jamais... L'avenir nous le dira...

 

Retrouvez plus de témoignages d'aidantes et d'aidants dans notre dossier "Aidantes, aidants familiaux & Handicap : constats, analyses, propositions et solutions" :

JE DÉCOUVRE LE DOSSIER

Vie familiale

actualités complémentaires