Covid-19 et plans de relance : pour une prise en compte des personnes en situation de handicap et de leurs proches

29.06.2020

Alors que des plans de relance sont en préparation suite à la crise sanitaire, nous interpellons, dans un courrier, le président de la République pour l’alerter sur les grandes difficultés éprouvées par les personnes en situation de handicap et leur famille ces derniers mois et lui demander des mesures pour que ces personnes ne soient pas oubliées des orientations prises en sortie de crise.

Un grand nombre de personnes en situation de handicap et de leurs proches ont vécu et vivent encore des situations compliquées : rupture de soins, isolement complet, épuisement des aidants, dépenses supplémentaires notamment pour s’alimenter…
Pendant le confinement, de nombreuses personnes n’ont pu se déplacer pour faire leurs courses en raison de l’inaccessibilité des commerces de proximité et des moyens de transports en commun (les services de transports adaptés ayant été, en outre, interrompus). Un certain nombre de personnes ont dû retourner dans leur famille et se sont parfois retrouvées dans des logements inaccessibles, sans pouvoir sortir pendant plusieurs semaines. 

Une pauvreté aggravée

Les personnes en situation de handicap touchant l’allocation adulte handicapé (AAH) et vivant seules sont très choquées de ne pas avoir pu bénéficier de l’aide de solidarité apportée aux plus précaires : c’est la négation de l’aggravation de leur précarité pendant la crise. 
En outre, notre pays risque fortement d’être confronté à une crise sociale et économique. Et une fois de plus, les personnes les plus fragiles, dont un grand nombre de personnes en situation de handicap, sont et seront parmi les plus exposées. 

Le risque d’augmentation du chômage

En termes d’emploi notamment, le risque est majeur d’une aggravation du chômage des travailleurs handicapés (licenciements, difficultés d’accéder à un emploi ou de se maintenir dans un emploi…). Il est à craindre que 50 000 travailleurs en situation de handicap se retrouvent privés d'emploi en milieu ordinaire et que les entreprises adaptées soient en grande difficulté.

Le risque du non-respect de la programmation de l’accessibilité

Concernant l’accessibilité ensuite, nous craignons fort que la reprise économique se fasse au détriment du respect des normes handicap et du maintien des délais concernant les agendas d’accessibilité programmée (Ad’AP). Déjà, certains maîtres d’ouvrage et certaines collectivités territoriales envisagent des délais allongés. 
Sur la construction de logements neufs, nous persistons à considérer la réduction de l’obligation d’accessibilité de 100 % à 20 % comme un véritable recul des droits des personnes en situation de handicap. 
 
En même temps, des plans de relance sont élaborés pour différents secteurs économiques ainsi que pour les collectivités locales. Des engagements financiers de l’État de plusieurs dizaines de milliards sont annoncés. 

Les mesures à prendre pour les 12 millions de personnes en situation de handicap et leurs 8 millions d’aidants 

À l'heure où le président de la République s’apprête à donner de nouvelles orientations au gouvernement, nous lui demandons à ce qu’un certain nombre de mesures soient actées dans ce cadre : 
  • Exiger des contreparties aux aides publiques apportées aux différents secteurs économiques et aux collectivités locales (comme cela est fait concernant les questions environnementales) : maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap, respect des obligations d’emploi des travailleurs handicapés, respect des Ad'AP et de leurs délais… 
  • Engager un plan ambitieux de mise en accessibilité des lieux et bâtiments accueillant du public ainsi que des transports, via un soutien financier supplémentaire aux propriétaires, publics et privés, à destination notamment des commerces et des collectivités locales. 
  • Une aide exceptionnelle de solidarité de 250 € aux bénéficiaires de l’AAH et aux bénéficiaires de pensions d’invalidité de faible montant, comme cela a été fait pour les bénéficiaires du RSA, de l’APL et pour les jeunes.
  • Proposer aux proches-aidants, très durement impactés et épuisés par la crise, un chèque répit, d’un montant de 1 000 € et d’une validité d’un an
Enfin, si nous nous félicitons de la création d'un risque autonomie au sein de la sécurité sociale, des engagements financiers supplémentaires doivent être pris dès l’année 2021 pour améliorer la prestation de compensation du handicap, l’offre de service social et médico-social, ou encore l’aide au répit des aidants. Car cette réforme de la politique de l'autonomie concerne tout autant les personnes en situation de handicap que les personnes âgées. 
 
Nous espérons donc vivement un soutien affirmé du président de la République et une réelle prise en compte des personnes en situation de handicap et de leur famille dans les plans de relance prévus.
 
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